Réveille-toi Silésie!

Ecrit par Nicolas sur . Publié dans News, Photographies

1981, mémoire de l’État de siège en Pologne.

En 1980, la Pologne voit apparaître le premier syndicat indépendant et autonome mené par Lech Wałęsa, baptiséSolidarność (Solidarité). Pendant plus d’un an, mouvements sociaux et grèves ouvrières se succèdent et donnent l’espoir d’un relâchement des règles dictées par le régime en place depuis plusieurs décennies. Souffle alors un vent de liberté sur toute la Pologne, de Gdansk à Katowice. La démocratie est en marche et le syndicat compte près de 9,5 millions de partisans de tous bords confondus.

À l’aube du 13 décembre 1981, le 1er ministre Jaruzelski déclare l’État de siège (aussi appelé Loi Martiale). Préalablement orchestrées et préparées, les forces armées sont déployées dans les points stratégiques de Silésie, tout comme dans le reste de la Pologne. Les frontières sont fermées, les médias et communication suspendus, les écoles cessent leur activité et plus d’un millier de leaders syndicaux, journalistes et opposants au régime sont raflés dans la nuit du 12 au 13 décembre. Le lendemain, jour de la déclaration, L.Wałęsa et la direction de Solidarność sont arrêtés et le syndicat est suspendu par décret du général Jaruzelski, avant d’être interdit quelques mois plus tard. Le processus de « pacification »de toutes les industries et mines de charbon occupées, est engagé.

Quand ces événements éclatent, le régime fait croire à l’insurrection et à la guerre civile. C’est un conflit entre polonais!

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Aux abords de Katowice, capitale de la Silésie et poumon énergétique du pays, dans la mine de Wujek, les mineurs débutent une grève pour refuser la mise en place de l’État de siège. D’autres mines et industries stoppent également leur activité pour contester le régime et la présence de l’armée dans les rues, ainsi que les mesures de Jaruzelski… Trois jours plus tard, le 16 décembre 1981 la mine de Wujek – l’une des plus grandes mines de Pologne- est « pacifiée » par l’armée. Neuf mineurs trouvent la mort par balle à l’issue de ces événements et d’autres sont mis en prison. Cette période est le début de trois années d’intenses répressions, jusqu’en 1983, en Silésie comme dans le reste de la Pologne. Solidarność ne reverra le jour qu’en 1989.

En 2007, le gouvernement reconnaît la violence de ces exactions en jugeant les leaders de cette répression. Les moments importants qui ont marqué le mois de décembre 1981 sont aujourd’hui commémorés sur tout le territoire. Les cicatrices de l’État de siège dans la mémoire des polonais sont encore très vives.

Quelques années après cette reconnaissance, je décide de voyager à travers la Silésie à la recherche d’anciens leaders syndicaux, d’opposants au régime de l’époque, de mineurs ou quiconque ayant une histoire liée à l’État de siège pour recueillir leurs vécus et témoignages. Cette quête permet de reconstituer le déroulé des événements de 1981 ainsi que les bribes d’une mémoire collective. Les rencontres me mènent sur les lieux emblématiques de Stan wojenny ainsi qu’à travers une culture Silésienne encore bien active. Aujourd’hui la Pologne soumise aux règles de l’Union Européenne se prépare à de profonds changements, la vie politique et sociale est en pleine mutation, la concurrence et les choix politiques libéraux laissent entrevoir la fermeture de certaines mines et le monde ouvrier se transforme peu à peu. C’est dans ce contexte de (re)conversion de la société que j’ai parcouru la Silésie dans les méandres de la dernière grande révolte de l’Histoire polonaise.

* Le titre de la série fait référence aux graffitis inscrits sur les wagons de charbons vides renvoyés de Gdansk, au nord, vers la Silésie, au sud. Les inscriptions avaient pour but de mobiliser et d’associer les mineurs silésiens aux importantes grèves ouvrières d’août 1980.


Réveille-toi Silésie a été produit par l’association Histoire de Savoir(s), le projet a reçu le soutien de l’Union Européenne, la Fondation de France, la Région Nord-pas-de-Calais et la communauté d’agglo Hénin-Carvin. 

 

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