La République heureuse de Transnistrie / 2012

Ecrit par Nicolas sur . Publié dans Non classé

Cette série à était réalisée en binôme avec Jeremy Suyker, en juin 2012.

 La République moldave de Transnistrie (RMT) est un état non reconnu par la communauté internationale, situé à l’est du Dniestr. Autoproclamée en 1992 avec l’appui des forces armées russes, cette « zone fantôme » aux portes de l’Europe figure parmi les états les plus corrompus de la planète. Depuis 20 ans, la Transnistrie survit grâce à la Russie qui inonde la zone de capitaux pour le moins douteux. On dit aussi que Moscou utilise la RMT comme lieu de stockage pour une partie de son armement. La population locale semble mener une existence paisible et immuable, à l’ombre des statues de Lénine qui ornent les rues de la capitale Tiraspol. Ce reportage a été réalisé entre la Journée des enfants (le 1er juin) et la Parade des bacheliers (le 9 juin), deux moments clés dans la vie des jeunes citoyens de la petite République heureuse de Transnistrie.

Contexte

Nichée entre la Moldavie et l’Ukraine, la République moldave de Transnistrie (RMT) jouit d’un anonymat quasi total. Cette « zone fantôme », séparée de la Moldavie par la rivière Dniestr, vit repliée sur elle-même depuis sa création en 1990. A l’époque, plusieurs régions moldaves de la rive gauche du Dniestr, alarmées par un possible rattachement de la Moldavie à la Roumanie, avaient proclamé la République moldave de Transnistrie. Les autorités moldaves, opposées à cette séparation, avaient alors tenté d’introduire des troupes dans la république autoproclamée, déclenchant en 1992 un conflit armé au terme duquel la Moldavie avait perdu le contrôle de la Transnistrie. Une défaite causée en grande partie par l’intervention des forces russes, qui sont encore présentes sur le territoire 20 ans après. Du point de vue des Transnistriens (dont 170 000 sur un total de 600 000 possèdent la nationalité russe), les casques bleus russes présents sur place depuis 1992 sont les garants de leur autonomie. Mais pour le reste de la Moldavie, ce sont des étrangers qui font obstacle à l’unification du pays.

Territoire « illégitime », la Transnistrie dispose pourtant de tout l’attirail d’un pays aux normes : un président élu, un gouvernement, un parlement, une monnaie (le rouble), un hymne national, un drapeau… Mais ces attributs non aucune valeur à l’extérieur des frontières. Pas plus que le passeport, les diplômes, ou le permis de conduire ne sont reconnus à l’étranger. Pour échapper à l’autarcie, les habitants de cette république non désirée doivent obtenir la nationalité moldave.

Petite Russie

Au milieu de cet imbroglio géopolitique, impossible de ne pas évoquer le rôle de la Russie. Si Moscou ne reconnait pas officiellement l’existence de la république autoproclamée, il n’en tire pas moins son épingle du jeu. Politiquement et économiquement. En effet, la Transnistrie est une porte vers les Balkans et l’Europe du Sud permettant aux Russes de conforter leur influence dans ces régions. C’est aussi un eldorado pour les entrepreneurs qui y invertissent en masse. De fait, toutes les plus grandes entreprises de la RMT appartiennent au capital russe. Sans parler des casinos (interdits en Russie) de la capitale.

La Transnistrie est composée de populations russe, moldave et ukrainienne. Trois langues et trois cultures qui cohabitent depuis 20 ans. Selon l’idée de Tiraspol, pour faire contrepoids à Chisinau (la capitale moldave), la Transnistrie devait rester une sorte de véritable République socialiste soviétique (RSS) de Moldavie. Avec le drapeau et les armoiries de cette république. La symbolique de l’époque soviétique y est d’ailleurs largement répandue et il n’est pas rare de croiser des monuments à la gloire de Lénine ou autres héros russes de la « Grande Guerre patriotique ».

Jeunesse

De fait, le sentiment d’appartenance à l’égard de la Russie est très fort en RMT. Dès l’enfance, les jeunes sont élevés dans la tradition soviétique. Autrement dit, la valorisation de l’individu passe par le travail, le sport et le dépassement de soi. Le programme éducatif, calqué sur le modèle russe, permet aux élèves d’étudier dans les universités russes après l’obtention de l’examen d’état unifié (EFE), l’équivalent du baccalauréat.

En dépit de son conditionnement, la jeune génération oscille entre respect des traditions et besoin de changement. Et si elle affiche fièrement ses origines et croient aux valeurs qui lui ont été inculquées, la jeunesse est confrontée à une grande désillusion. Dans un pays où la corruption règne en maître alors que le salaire mensuel moyen stagne à 100$, les chances d’ascension sociale sont vite compromises…

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